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April 20, 2010

Quand la Cérès débarque en Argentine

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Le 21 août 1856, la province de Corrientes met en circulation le premier timbre-poste argentin. Jusqu'à ce moment historique, les provinces argentines avaient leurs propres services postaux et la province de Corrientes se détache des autres car l'envoi du courrier était gratuit. Cependant, les fortes dépenses du trésor public obligent l'Etat à envisager une nouvelle méthode, payante, pour l'expédition du courrier. La technique postale adoptée à Corrientes aura des répercussions au niveau national et facilitera plus tard la mise en place du Courrier Central.


En raison des fortes dépenses publiques occasionnées par le nombre très élevé de lettres expédiées dans la province de Corrientes, le 18 février 1856 la "Honorable Salle Permanente" de la province de Corrientes dicta une loi dont l'article premier imposait le besoin d'un impôt affectant toutes les lettres circulant sur le territoire de Corrientes. Deux jours après, cette loi fut promulguée par le gouverneur Juan Gregorio Pujol et on le soupçonne d'avoir imposé l'utilisation des timbres pour l'affranchissement des lettres (Pujol connaissait le potentiel des timbres comme moyen d'affranchissement car il avait vécu en Europe).


Depuis 1826, grâce au prédécesseur de Pujol, Pedro Ferré, la province de Corrientes disposait de moyens d'impression respectables qui étaient utilisés pour l'impression des billets ainsi que pour celle des messages entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Cette année-là, Pablo Emilio Coni naquit en France. Il obtint à Paris son diplôme de graveur et émigra en Argentine autour de 1851. Suite à une proposition de Pujol, Coni prit en charge la direction de l'imprimerie afin de moderniser les techniques. Arrivé à Corrientes en 1853, Coni réussit le pari en innovant avec l'impression typographique, remplaçant l'impression lithographique (car cette dernière était plus facile à falsifier). Il arriva même à diversifier les impressions destinées à l'Etat et édita le journal local "La Opinion" ainsi que divers livres et études.


Suite à l'importance acquise par l'imprimerie dirigé par Coni, le Congres de la province de Corrientes autorise au gouverneur Pujol la signature d'un contrat d'une durée de 3 ans afin de mieux définir la relation entre l'Etat et l'Editeur. Ce n'est pas donc étonnant que Coni prenne en charge aussi l'impression des futures vignettes. Petit problème : Malgré la très bonne qualité des travaux de Coni ainsi que les qualifications du personnel, ni Coni, ni ses employés, se croient capables de bien pouvoir mener l'exécution des timbres. C'est ainsi que Coni se mit à la recherche d'un graveur-dessinateur. Recherche qui aboutit peu de temps après, un matin, en achetant du pain à son boulanger de tous les jours et en lui racontant son besoin de quelqu'un ayant des connaissances en gravure. En effet, il ne s'agit pas de n'importe quel boulanger, sinon de Matias Pipet, un immigrant français qui dans sa jeunesse avait apprit le métier de graveur. C'est à lui que Coni confie la réalisation du premier timbre argentin.



Etant tous les deux français, Pipet et Coni, ce n'est pas du tout étonnant que l'image du premier timbre soit une copie (presque conforme !) de l'émission française de 1849 avec le visage de la déesse gréco-romaine Cérès, protectrice de l'agriculture.


Matias Pipet grave 8 clichés en cuivre de 19 x 22 millimètres, travaillés séparément, assez similaires mais avec des petites variantes facilement reconnaissables. Chaque cliché porte les légendes "Corrientes" dans la parie supérieure et "Un Real M.C." dans la partie inférieure (M.C. pour monnaie courante). Ces 8 clichés furent utilisés pour préparer une planche de métal, à deux lignes de 4 chaque une, montée sur du bois dur de "lapacho" (). Celle-ci fut la seule et unique planche utilisée pour l'impression des 17 émissions lancées pour la circulation depuis 1856 et jusqu'à 1880, année où les timbres de Corrientes furent supprimés par la nationalisation des services postaux.


Le 31 décembre 1878 le gouverneur Felipe J. Cabral publia un décret dont l'article premier établit : "Tant que le gouvernement (de la province de Corrientes) ne reçoive pas les timbres demandés pour l'utilisation de ses avocats, procurateurs, ... dans les écrits qu'ils présentent dans l'année 1879, selon la nouvelle loi des impôts, ils pourront utiliser pour ces fins les timbres-poste de la province." Ceci donne naissance aux timbres fiscaux qui, comme pour les timbres poste, avaient la même matrice commune : les clichés gravés par Pipet 22 ans auparavant.


Pour commémorer l'impression du premier timbre poste argentin, en 1953 le premier Congres Argentin de Philatélie établit le 21 août comme le "Jour du philatéliste argentin".


Claude M. Brito, 24 février 2007



Références
:

- ArgenPress.Info. http://www.argenpress.info/copy.asp
- Corrientes al Dia. Agencia Electronica de Noticias.
- http://www.filateliaargentina.com.ar/historia.arg.html
- http://www.museodelaimprenta.com.ar/imprenta_coni1.asp
- http://www.pipet.com.ar/matias/
- “Matías Pipet, grabador del primer sello postal argentino” de Roberto Hugo Pipet, juillet 1984.

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